dimanche 8 octobre 2017

LE CAHIER DE NAROKI, septième livraison, 199-231

Jean-Marie Biwer, gouache, 2013



SEPTIEME LIVRAISON

199-231

1.
Pendant une dizaine de jours, je buvais du jus de poire, abondamment : pour sucrer le sperme. — [Cahier Dora, note No 76, 27 mai 1993] 

2.
Être moi-même, dit-elle. Quand elle vient à moi, nue, démunie, vulnérable. Me confie sa peau, son corps, son sexe.
Attendant aussi, émue, impatiente, mes doigts, mes lèvres, ma langue sur son anus.
C’est aussi à ça qu’elle pense quand elle dit : J’ai pensé à toi.
L’extrême douceur de mon baiser sur son anus, qui ensuite peu à peu guette & appelle l’enfoncement de mon doigt.
Et un jour aussi, sans doute, le pénis, là. — [Livre vert, 6 septembre 1993]

3.
Tout ce que nous pensons sur la femme en son absence est faux et nuisible, que ce soit féerie ou lubricité. — [Liasse, 1966]

4.
Cinquante mille fragments d’un discours amoureux dont quelques milliers subsistent — les autres ont brûlé.
Parfois je feuillette dans ces pages rescapées, une dizaine de cahiers (sur plus de 200) sont indemnes, et quelques centaines de feuilles volantes sur des milliers.
Quelques feuillets de 1966, datant d’il y a un demi-siècle. Je philosophais sur les femmes. Ne savais rien des femmes.
Dix années plus tard, j’étais un peu plus renseigné, puis vingt années, puis trente — et j’étais toujours écolier avide de connaissances. Et notais mes petites notes.  Et à les relire aujourd’hui, cinquante ans plus tard, je me demande si je suis devenu plus savant.
Et je me relis avec autant d’attendrissement que d’indulgence. Et je dis avec une fausse naïveté : c’est écrit comme & pas autrement, voilà.

5.
J’ai l’étrange souhait de ne rien tenir secret de ce qui me concerne. — James Boswell, 1740-1795 (il note cela dans son journal, en spécifiant qu’il vient de dire cela à Rousseau).

6.
Elle (Ky.) ne se donnait même pas au regard ; pendant que je la contemplais, étendue nue devant moi, elle dit: Je suis ta peep show gratuite…
Alors que se laisser contempler, c’est comme un bain de lumière.
Mx. accroupie au bas du lit, entre mes jambes ouvertes, me contemple, — au milieu de moi le pénis offert qu’elle caresse de son regard, puis légèrement malaxe avec ses mains, si légèrement qu’il s’émeut, — s’émeut très fort sans pour autant s’affoler, sans s’ériger, mais ressentant chaque effleurement avec d’inexprimables délices, — et cela dure, dure une demi-heure, et ensuite elle pose les mains dessus, pressant légèrement, il se gonfle aussitôt à bloc, et je dis : Je veux te le donner, et je la pénètre à fond et la chevauche avec une magnifique ardeur qui la fait gémir et crier, et j’éjacule chaud et abondant dans un cri assourdissant. — [Livre vert, 7 septembre 1993]

7.
Mourir. Pour avoir pris froid. C’est ce qui arriva à Michel-Ange. Insomniaque, il s’était promené à cheval dans les rues désertes à Rome. Il avait 88 ans. Jacques-Henri Michot note ça dans son livre « Comme un fracas ».

8.
Les amants. Ingénuité de leurs gestes. Candeur des mots. Poser paume sur un sein. Lécher une aisselle. Effleurer sourcils et tempes d’un doigt. Grappiller les poils pubiens. Sucer les orteils. Contempler la croupe offerte où sont les deux orifices. Ensaliver le pourtour du nombril. Balayer aériennement les couilles avec les cheveux. Baisoter le bout du gland gonflé. Dire j’aime ton con. Dire j’aime ta bite. Goûter du bout de la langue la cyprine qui suinte. Mordiller le lobe de l’oreille. Tracer un chapelet de caresses le long de l’aine. Inonder le vagin de sperme. Tournures qui ne sont ni dans Balzac ni dans Proust.

9.
Je n’ai jamais été amusant. Je n’ai jamais amusé personne. Je n’ai jamais su rire. Je ne raconte jamais des blagues. Je ne supporte pas d’entendre raconter des blagues, ça me donne des vomissements dans la tête. Parfois je souris, oui, je sais sourire, mais c’est presque toujours un sourire triste, enfin, je le ressens comme ça. Je me dis à moi comment je ressens les choses. Je dirai des choses que je n’ai pas encore dites. Je n’avais jamais encore dit que ne m’intéressent que les hommes de cinquante ans. — [Cahier Dora, note No 12, 21 mai 1992]

10.
Déjà la treizième note, ça avance, ça continue. Les hommes de cinquante ans, je les trouve émouvants. L’idée ne vous viendrait jamais d’appliquer cet adjectif à un quadragénaire. Souci du mot juste. Cela rate presque toujours, mais c’est un souci sincère & constant. Je me trouve émouvant, veux dire touchant, ridicule, pitoyable. — [Cahier Dora, note No 13, 21 mai 1992]

11.
Je ferai quelques centaines de notules pour faire le point, le pointillé : là où il faut couper. Découper le talon ci-joint et le renvoyer — mais où ? — [Cahier Dora, note No 16, 21 mai 1992]

12.
Du temps où j’écrivais encore des lettres à Dora, elle me demanda un jour : Pourquoi tu numérotes tes alinéas ? Je dis : Pour m’y retrouver.
Parmi tant de désordres que j’affectionne (et même cultive) j’ai toujours eu l’obsession de l’ordre chronologique.
La date, mon Dieu, la date !
Et la suite de mes alinéas et de mes pages. C’est vital. — [Cahier Dora, note No 18, 21 mai 1992]

13.
Aveu de Walser que dans ses textes jamais il ne corrige. C’est écrit comme c’est écrit.

14.
Tu attends de moi si peu que je me demande pourquoi tu ne préfères pas rien. — [Carnet Muettes, note No 126, 22 juin 1992]

15.
Quand je me demande ce qu’elle attend encore de moi, je me dis qu’elle n’attend pas rien, mais moins que rien.

16.
Sur la place du kiosque le vendeur de collyres me hèle, m’invite à sa table, me fait m’asseoir, m’offre à boire, il a besoin, ça se sent, de me parler, et il parle, parle, et j’écoute, et ne comprends rien, comprends juste qu’il est question de moi, qu’il a le besoin incongru de me parler, à moi, de moi, et j’écoute et ne comprends pas un mot, il parle de moi et de ce que d’autres, dit-il, disent de moi, et parmi les paroles qu’il me rapporte il n’y en pas une que je comprenne, après une demi-heure, sur la place du kiosque, sous les parasols jaunes et bleus, je n’ai plus envie d’entendre parler de moi, je souris poliment et je m’en vais. — [Cahier Dora, note, No 52, 23 mai 1992]

17.
Charabia claudélien, dans « La Rose et le rosaire » : La terre sous la poussée de ce raz-de-marée de la Grâce divine entre en état, nous dit l’Ecriture, d’exultation, comme du fond d’une cataracte une fumée d’âmes triomphales et multicolores s’élève d’elle vers l’Eternité… Philippe Murray qui, dans "Ultima necat" (p.334) sans se cabrer cite ce passage, cette ânerie, cette solennelle & prétentieuse ineptie, et pense que Claudel ici, dégage (…) une théorie qui, sans le savoir, rappelle celle de l’univers en expansion. Dio mio.

18.
Es ist ja auch manch göttliche Fikkerey gewesen in dieser gottverdammten Liebesgeschichte, die mich immer noch weinen thut. — G. C. Lichtenberg, Brief an Wilhelmine von K., am 3. Mai 1788

19.
Choses que disent les femmes. — Elle m’explique : Une femme peut très bien s’en passer. S’il n’y a pas d’homme, elle n’en a pas besoin. Elle dit : Je m’en suis passé pendant des années. — [Cahier Ostinato, janvier 1995]

20.
Dans mon fatal grenier, il y avait une grande étagère avec des ouvrages de psychologie et de psychanalyse, quelque trois cents livres, tous détruits. Je commence la reconstitution avec la « Traumdeutung » de Freud et « La libido féminine » de Françoise Dolto.

21.   
Au hasard des livres qui me tombent sous la main et sous les yeux, voici sur cinq cents pages une compilation des actes officiels de l’Eglise catholique concernant les dogmes de la foi, et je retourne faire quelques recherches sur ce qui se passe après la mort. J’examine la Profession de foi formulée au Deuxième Concile de Lyon, sous le pape Clément IV, en 1274.
Il faut noter que tout ce qui a été formulé lors des conciles au long des siècles garde à jamais valeur de dogme — les dogmes ne peuvent pas être remodelés ou révoqués.

22.
Un camarade de classe d’il y a presque soixante ans, grand amateur de musique, me parle de sa mémoire qui flanche ; il cherche dans sa tête Herreweghe et Harnoncourt, et ne les retrouve qu’après de longs efforts.

23.
Après la mort, ceux qui n’auront pas eu assez de temps pour effacer leurs péchés par la pénitence, iront au Purgatoire, lieu de punition et de purification; pour adoucir & abréger les punitions d’une âme au Purgatoire, les croyants peuvent faire acte d’intercession auprès de Dieu, par des prières, des aumônes, ou en faisant célébrer des messes ou toutes sortes d’autres actions pieuses en accord avec la sainte Eglise.
Après la mort, ceux qui depuis leur baptême n’auront commis aucun péché ou dont les péchés auront été purgés par la pénitence : ils vont tout droit & immédiatement au Paradis où ils contemplent Dieu en sa Trinité, les uns de façon plus parfaite que les autres, selon leurs mérites.
Après la mort, ceux qui sont en état de péché mortel ainsi que ceux qui n’ont pas été purgés du péché originel par le baptême (cela concerne surtout les enfants) : ils vont tout droit & immédiatement en Enfer, où ils subissent des punitions diverses, selon la gravité de leurs forfaits. (Les enfants aussi ? Les enfants aussi.)
Et tout cela en attendant le Jour du Jugement.
Cette affaire-là est expédiée en une seule phrase : La sainte Eglise romaine croit fermement & résolument : au Jour du Jugement tous les êtres humains néanmoins paraîtront en leur corps devant le Trône du jugement du Christ pour rendre des comptes à propos de leurs agissements.
Remarquer le mot néanmoins dans ce texte : C’est sans doute pour indiquer que la cérémonie du Jugement est juste une formalité rituelle, qui ne change rien à la situation des âmes, le divin Juge ne va pas casser les sentences antérieures, de toute façon aucune possibilité de  recours n’avait été prévu : les bienheureux retourneront donc, bredouilles mais quand même contents, au Paradis, les damnés (les enfants aussi) redescendront, bredouilles et pas contents du tout, en enfer et les pécheurs, résignés, dans leur transit du Purgatoire.
Le fameux Jugement Dernier, c’est donc juste une gesticulation sans conséquences, par laquelle le Christ (flanqué de ses coéquipiers, le Père et le Saint Esprit) tient à mettre les points sur les i : c’est moi le chef de l’Au-delà.

24.
Il y a une sorte de sorcellerie dans l’augustinien tolle lege (tomber par hasard sur tel et tel livre) — tu prends le livre et tu lis…  
Tôt ce matin je lis les pages sur le Paradis, l’Enfer, le Purgatoire et le Jugement dernier ; le texte promulgué au Concile de Lyon en 1274 avait été rédigé quelques années plus tôt sous l’autorité du pape Clément IV.
Par la poste je reçois un livre de Wittgenstein, « Leçons & conférences », que j’avais commandé afin d’étudier ses « Leçons sur la croyance religieuse ». Or, le leitmotiv de ce texte, c’est le Jugement dernier.
Dans l’après-midi, dehors sur ma terrasse, je lis dans l’ouvrage « Philosophes médiévaux des XIIIe et XIVe siècles » ; sur les treize auteurs présentés dans le livre, je choisis Roger Bacon — son texte est une lettre qu’il adresse au pape Clément IV auquel il envoie par le même messager le manuscrit de son « Opus maius », une œuvre encyclopédique sur la philosophie, la théologie et la science expérimentale.
Le soir j’étudie le chapitre « Belief » dans la monographie « Montaigne » (2007) de Terence Cave. Montaigne qui à plusieurs reprises déclare se soumettre entièrement aux dogmes de l’Eglise et qui tout au long de son livre ne thématise jamais aucun de ces dogmes. Montaigne avait-il la foi ? On ne sait pas. Professer la foi ne veut pas forcément dire l’avoir. Montaigne écrit ses « Essais » comme si le « Credo » n’existait pas.
Livres en réseau. Lecture-engrenage.

25.
Qu’il a encore (encore !) toute sa tête — ça c’est le genre de réflexion qu’on fait à un moment où il n’est plus forcément évident qu’on ait encore toute sa tête. C’est une sorte de test. J’ai encore toute ma tête, et je le dis.
Il se passe plein de choses dans ma tête. Elle est productive. Elle sécrète de l’écriture.
Je dis : J’ai encore toute ma tête, avec un début d’anxiété qu’un (prochain) jour j’aurai peut-être à dire : Je commence à n’avoir plus toute ma tête.

26.
Corollaire : Qu’il a encore toute sa bite. Et je le dis. Elle s’émeut. S’érige. Produit du sperme. Ejacule. Jouissivement. Mais c’est désormais une sexualité de solitaire. Je commence à m’y résigner, après plusieurs tardives années de plénitude dans l’accouplement. Je n’ai plus de femme. Et déclare ne plus en vouloir. Restent les réminiscences. Et les simulacres.


27.
Qu’il a encore toute sa santé. Pas vraiment. Si le cœur fonctionne bien, et le sommeil, et la digestion, les poumons sont amochés, affaiblis dans leur capacité de gonflement, c’est à cause du tabac dont je continue à abuser, jour après jour.

28.
Parmi les nombreux livres dont diverses personnes m’ont fait cadeau depuis deux ans, se trouvent deux œuvres monumentales : l’Histoire de Leopold von Ranke, en 46 volumes (édition de 1865-79) et « L’Histoire de France » de Michelet.
Première lecture dans Ranke : les dix pages sur Erasme.
Première lecture dans Michelet : les trois pages sur Montaigne.
Intéressant d’examiner, comment les historiens, qui en général ont affaire aux acteurs de l’histoire traitent les auteurs.

29.
Passage émouvant dans « Notes de chevet » de Sei Shonagon où elle évoque cette plante qui se prend dans le moyeu de la roue du chariot, et, broyée, répand son parfum. C’est une armoise (artemisia annua).
Cette armoise, je la retrouve dans la biographie de Youyou Tu, cette pharmacologue chinoise, à qui Mao donne en 1965 la mission impérative de trouver le traitement qui guérira le paludisme.
Au bout de longues enquêtes et expériences, la chercheuse trouve enfin la clé : dans un ancien manuscrit du IVe siècle, le « Manuel de pratique clinique et remèdes d’urgence » de Hong Ge, qui recommande le traitement par l’armoise.
Après plusieurs années d’expérimentation, Youyou Tu réussit à isoler le principe actif de la plante : l’artémisine.
Le médicament sauvera des millions de vies à travers le monde.
Quarante-trois ans après sa découverte, en 2015, la savante obtient le Prix Nobel de physiologie et de médecine. Elle a 85 ans.

30.
Hamsun, pendant qu’il s’entretient avec le peintre Kubin, pose son pied sur le genou, saisit les ciseaux qui traînent sur la table et coupe les franges effilochées de son pantalon. (Rapporté par Kafka dans son journal le 26 septembre 1911).

31.
On vide la luxueuse villa du gros industriel, après son décès, on fait l’inventaire, meubles, tapis, vaisselle, couverts, tableaux, vases. Rien dans tout cela ne m’intéresse, sauf ceci : est-ce qu’il y a des livres ? Il n’y a pas de livres. Puis, dans le recoin d’une étagère, j’en trouve un, un seul. C’est un choix de textes du « Talmud », avec préface, édition nazie de 1938.

32.
On se souvient du début abrupt & dévastateur des « Confessions » de Rousseau : Je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple, et dont l’exécution n’aura point d’imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme, ce sera moi.
Ainsi que l’incipit poignant des « Rêveries d’un promeneur solitaire » : Me voici donc seul sur la terre, n’ayant plus de frère, d’ami, de société que moi-même.

33;
Flaubert expire en hurlant : Je meurs comme un chien, et cette pute d’Emma est toujours vivante.


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samedi 9 septembre 2017

FRAGMENTS DU JOURNAL INTIME DE DIEU - fragment No 2831

L.F. Bénouville, CoMmunion mystique de sainte Catherine de Sienne, vers 1840, Louvre
Fragment 2831 — La mystique ne m’a jamais particulièrement interpellé. Cela peut paraître paradoxal : n’est-ce pas le domaine dans lequel ils m’ont témoigné la plus grande, la plus chaude ferveur ? Justement. C’est ce qui m’indisposait. C’était trop. Trop chaud. Trop près.

La mystique rhénane, ça va encore, c’est dans une zone tempérée, le Rhin, la Moselle. Un maître Eckhart opère avec des concepts abstraits, éthérés ; il en invente même, dans sa belle langue allemande, pour s’avancer dans mes inaccessibles parages.

Mais quand dans la chaude excessive Espagne ils filent une extatique métaphore du Couple, pour faire de moi un Époux dans d’incandescentes Noces, ça commence à devenir un peu trop invasif et m'embringue dans de louches emmêlements.

Le pire, c’est quand ça se met à dégouliner.

En Italie, chez Catherine de Sienne, par exemple : cela se passe dans la deuxième moitié du XIVe siècle. Raymond de Capoue a tout décrit en détail dans sa « Vita di Santa Catarina da Siena ».

Catherine un jour, dans un accès de ferveur spéciale et d’humilité paroxystique, trouvant que son cœur était indigne, exprima dans sa prière le vœu que ce cœur lui fût enlevé.

Jésus prit cela au pied de la lettre, fit la descente sur terre, alla voir la nonne, lui délaça la chemise de nuit, prit à pleine main le sein gauche pour le soulever un peu, ouvrit la poitrine et détacha le cœur. Et l’emporta.

Catherine, les jours suivants, vécut sans cœur, ça ne battait plus dans sa poitrine. Puis un matin, à la chapelle, après l’office, alors que ses consoeurs avaient déjà quitté les lieux, elle vit une intense lumière et Jésus apparut devant elle, tenant dans ses mains un cœur luisant & vermeil. Il se pencha sur Catherine, lui ouvrit de nouveau la poitrine et rebrancha précautionneusement le cœur, en susurrant: C’est le mien — Hoc est cor meum, car Jésus avait appris à parler le latin.

Plus tard, selon le biographe, quelques consoeurs témoignèrent, pour la postérité, qu’au bain elles avaient entraperçu la cicatrice sous le sein gauche.

Mais ce n’est pas la seule dégoulinure dans la vie de Catherine de Sienne.

Il y eut encore la scène où Jésus s’approcha d’elle si près, chemise ouverte, qu’elle eut la bouche en face de la poitrine, à l’endroit où la lance à Golgotha avait fait une profonde entaille, et ça continuait à suinter. Le biographe écrit : Lorsqu’elle comprit qu’elle devait boire au goulot de la fontaine de vie, elle posa ses lèvres sur l’ineffable effusion et laissa couler dans sa gorge le mystérieux breuvage.

Plusieurs peintres très pieux ont représenté la scène, notamment Léon François Bénouville, vers 1840, tableau qu’on peut voir au Louvre.

On peut dire que c’est une sorte de fellation mystique, télescopage entre la déglutition communiante eucharistique et la manducation deep throat d’une vidéo hard, bref, on l’aura compris, là on est loin des abstractions métaphysiques dans lesquelles je me sens à l’aise et qui sont mon domaine propre, je veux dire : pas dégoulinant.